Initiative de la présidence britannique sur le football
européen – contexte et cahier des charges
Contexte
Le football est une activité à nulle autre pareille: il
s’agit sans doute du seul sport véritablement planétaire,
dont l’influence transcende les ordres économique, politique,
social et culturel. Afin de préserver la nature spécifique du
football, il convient de parvenir à un équilibre délicat
entre ces différents éléments, de manière à
garantir que les traditions de ce sport, telles que ses attaches locales,
puissent être maintenues, tout en étant en phase avec les aspects
contemporains du jeu.
Au vu de l’expansion de ses recettes, le football est souvent
considéré comme un «big business», ce qui le soumet
souvent à des règles de gouvernance commerciale qui ne tiennent
pas nécessairement compte du rôle plus large qu’il joue dans
la vie de la collectivité. Cependant, il est évident, dans tous
les Etats membres de l’UE, que le sport, et plus particulièrement
le football, est bien davantage qu’une activité commerciale. Le
football peut jouer un rôle important dans la réalisation
d’objectifs publics plus larges, bénéfique notamment pour
l’intégration sociale, la cohésion de la
collectivité, le renforcement de la participation ainsi que pour le
développement de modes de vie sains.
L'UE n'a pas actuellement de compétence directe pour
l'élaboration d'une politique sportive. Certains aspects du sport sont
néanmoins souvent pleinement assujettis à l’application des
règles juridiques de l’UE. Le football a été
confronté à cette situation dans de nombreuses occasions.
Toutefois, la nature spécifique du sport est reconnue dans la
Déclaration de Nice relative aux caractéristiques
spécifiques du sport (annexe IV des conclusions de la présidence
du Conseil européen de Nice, de décembre 2000). Le Conseil
européen a déclaré que «la Communauté doit
tenir compte, même si elle ne dispose pas de compétences directes
dans ce domaine, dans son action au titre des différentes dispositions
du Traité des fonctions sociales, éducatives et culturelles du
sport, qui fondent sa spécificité, afin de respecter et de
promouvoir l’éthique et les solidarités nécessaires
à la préservation de son rôle social».
Au terme d’un dialogue entre les ministres du Sport de l’UE, le
CIO, la FIFA, l’UEFA et d’autres organismes sportifs, une
référence au sport a été introduite dans le projet
de Traité constitutionnel de l’UE qui reconnaît, dans son
article III-282, les caractéristiques spécifiques du sport.
Il appartient aux instances du football de gérer le jeu; toutefois, les
instances sportives, les institutions de l’UE et les gouvernements des
Etats membres doivent collaborer afin de veiller à ce que les principes
de la Déclaration de Nice soient soutenus et défendus. A cette
fin, Richard Caborn a organisé, dans le cadre de la présidence
britannique, une réunion entre les ministres du Sport européens
représentant les «grandes» nations du football et les
instances concernées du football, en vue de discuter de la meilleure
manière de mettre en œuvre la Déclaration de Nice au sein
du football.
Lors de cette réunion, il fut étudié comment les instances
du football, les institutions de l’UE et les Etats membres pourraient
appliquer au mieux les principes de la Déclaration de Nice sur les
caractéristiques spécifiques du sport, afin de garantir le
respect et la promotion de son rôle social et culturel. En identifiant
les aspects cruciaux qui soutiennent ces principes ou, au contraire, les
compromettent, les instances du football sont en mesure de veiller à ce
que les caractéristiques spécifiques du football soient
respectées et améliorées, pour le bien du jeu
lui-même ainsi que pour celui des populations dans chacun des Etats
membres.
En référence à la Déclaration de Nice, on
considère généralement, en particulier, qu’au sein
du football européen:
-
une attention particulière doit être accordée au
gouvernement d’entreprise et à la gouvernance sociale;
-
le football de base joue un rôle crucial dans les domaines de
l’intégration sociale, de la lutte contre la discrimination, du
développement d’un style de vie sain et de l’accès
à d’autres composantes clés de la politique publique;
-
la commercialisation centralisée (vente collective) des droits, au
niveau européen, par les instances du football est essentiel afin de
garantir que la solidarité irrigue les différents niveaux de la
pyramide, à commencer par le football de base;
-
la procédure de l’UEFA pour l’octroi de licence aux clubs
représente une étape importante dans l’instauration
d’une bonne gouvernance d’entreprise et de la transparence et
stabilité financières, ainsi que de normes minimales au sein du
football européen;
-
il existe un grand nombre de problèmes – tels que le dopage, la
corruption, le racisme, les paris illégaux, le blanchiment
d’argent ainsi que d’autres activités nuisibles au sport
– que seule une approche globale de la part du football, de l’UE et
des instances nationales peut combattre efficacement;
-
le rôle central des instances du football est de diriger ce sport de
manière indépendante, tout en tenant compte du point de vue des
différentes parties prenantes et en travaillant en harmonie avec les
institutions de l’UE et les Etats membres.
Les participants à la réunion ont envisagé et fait
l’inventaire des travaux existants sur le football européen. Les
conclusions de ce débat soulignent le besoin de rédaction
d’un rapport sur la manière dont les instances du football, les
institutions de l’UE et les Etats membres peuvent appliquer au mieux la
Déclaration de Nice et gérer des questions essentielles en
matière de gouvernement d’entreprise et de gouvernance sociale
dans le cadre du football européen.
Bien qu’axé sur le football européen, ce rapport fournira
une analyse et des recommandations qui seront mises à la disposition de
la Task Force de la FIFA «Pour le Bien du Jeu», instituée
par le Congrès de la FIFA à Marrakech (septembre 2005) et il est
entendu que ses conclusions seront susceptibles d’apporter une
contribution importante à ladite Task Force ainsi qu’aux
recommandations qu’elle fera au reste du monde du football.
Ce rapport reconnaîtra en outre les rôles respectifs de
l’UEFA et de la FIFA dans la gouvernance du football européen et
mondial. Les recommandations viseront à améliorer, lorsque cela
est nécessaire, les pratiques actuelles et à faciliter la
tâche des gouvernements des Etats membres, des institutions de l’UE
et des parties prenantes du football qui travaillent en partenariat avec la
FIFA et l’UEFA, afin qu’ils puissent s’appuyer sur toute
mesure ou stratégie actuellement en cours d’application.
L’intention de ce rapport est d’envisager et d’édicter
des recommandations tangibles à mettre en œuvre lors de futures
présidences. Les recommandations du rapport seront par ailleurs
disponibles en temps utile pour permettre à la FIFA de les prendre en
considération en vue d’une application élargie, dans le
cadre des recommandations de la Task Force de la FIFA «Pour le Bien du
Jeu», lesquelles doivent être remises en 2006.
Calendrier
Le rapport sera élaboré d’ici fin mai 2006 et ses
recommandations seront présentées aux instances du football, aux
institutions de l’UE et aux Etats membres.
Processus
La réunion du 8 décembre entre les parties prenantes a convenu
des points suivants:
-
Etude indépendante sous la direction de l’UEFA
-
Comité de référence composé de l’UEFA et du
ministre britannique du Sport (pour les gouvernements de l’UE);
observateurs: autres ministres du Sport invités à la
réunion de Leipzig, Urs Linsi (FIFA)
-
Cahier des charges défini ci-dessous
-
Date de conclusion de l’étude:fin mai 2006 même si plusieurs
aspects de la question pourront nécessiter des analyses plus
approfondies.
Il est prévu que les personnes qui effectueront l’étude
indépendante consulteront les ministres et les ministères des
gouvernements nationaux concernés, l’UE, les instances du
football, les ligues et les clubs, les organisations de supporters et les
autres parties prenantes dans le domaine du football.
Cahier des charges du rapport indépendant sur le football
européen
Objectif général:
Etablir un rapport commandé par l’UEFA, mais indépendant
par rapport aux instances du football, sur la meilleure manière pour
les instances européennes du football, les institutions de l’UE et
les Etats membres d’appliquer la Déclaration de Nice tant au
niveau européen que national. Le rapport prendra en compte
les données pertinentes de la stratégie de l’UEFA,
développée dans sa Vision Europe (avril 2005). Le
présent cahier des charges est le résultat d’une
coopération entre l’UEFA et certains Etats membres de l’UE
sous la présidence britannique. Bien que l’UEFA assume un
rôle de chef de file, les ministres de l’UE participent à la
gouvernance de ce rapport. Les «instances du football» en Europe
sont l’UEFA pour les questions relatives à
l’Europe/l’UE et les associations membres de l’UEFA pour les
questions nationales.
L’étude indépendante devra notamment donner ses conclusions
sur:
1) Le «modèle européen du sport»:
le rôle central des instances du football pour régir le sport de
manière indépendante, dans le respect des cadres juridiques
européen et nationaux, et en harmonie avec les institutions de
l’UE et les Etats membres.
Objectif:
-
Faire des recommandations sur la manière dont les institutions de
l’UE, les Etats membres et les instances du football sont susceptibles
d’améliorer et de soutenir le rôle central des instances du
football en vue de régir de manière indépendante tous les
aspects du sport, tout en prenant en compte les opinions des différentes
parties prenantes et en travaillant avec les institutions de l’UE et les
Etats membres pour ce qui est du cadre juridique sous-jacent. Bien que
l’autonomie du football et sa responsabilité en matière
d’autorégulation soient reconnues, il est également vrai
que les gouvernements nationaux et l'UE adoptent des législations
susceptibles de concerner le football. Il existe un besoin de coordination, de
dialogue et de transparence.
-
Ces recommandations devront comporter notamment une description (i) des
règles ou mesures constituant clairement des «règles
sportives», c’est-à-dire celles qui relèvent des
décisions des instances du football compétentes – et lui
laissent une certaine marge d’appréciation – et
(ii) des autres règles ou mesures pour lesquelles la
«spécificité du sport» devrait de plus en plus
être prise en considération dans
l’interprétation/application de la législation
correspondante. Pour cette raison, il sera également intéressant
d'établir un inventaire des interprétations existantes de la
«spécificité du sport» faites par la CEJ et la
Commission (avec des exemples concrets, notamment dans les secteurs de la libre
circulation et de la concurrence) et par conséquent d'élaborer
une définition.
-
Définir les différentes parties prenantes au sein du
modèle européen du sport, en ce qui concerne le football, et
clarifier leur rôle et leurs rapports respectifs. En particulier,
démontrer le rôle naturel et nécessaire des instances du
football chargées de s’occuper de la santé et du
développement du sport dans son ensemble, depuis la base
jusqu’à l’élite professionnelle.
-
Démontrer que le rôle central des instances du football, sous
réserve d’une gouvernance démocratique et transparente,
peut-être compatible avec les concepts économique et/ou juridique
d’une position dominante.
-
Identifier et analyser les exemples pertinents d’autres sports qui
démontrent les risques inhérents à l’affaiblissement
ou au démantèlement du rôle central de l’instance
dirigeante, par exemple dans le basket-ball ou la boxe.
2) Les dispositions visant à superviser la propriété /
le contrôle et la gestion des clubs, en recommandant des changements, le
cas échéant.
Objectif:
-
Permettre aux instances du football de disposer de moyens efficaces pour
vérifier l’identité et l’intégrité de
la/des personne(s) et/ou de l’entité
possédant/contrôlant/gérant les clubs et les aider à
éviter des situations où une personne/entité influence la
gestion ou la performance sportive de plus d’un club participant à
la même compétition.
-
Permettre aux instances du football, aux institutions de l’UE et aux
Etats membres d’élaborer des dispositions en vue de
prévenir le blanchiment d’argent et l’implication dans les
compétitions de propriétaires/directions indésirables.
-
Permettre aux instances du football et aux Etats membres
d’élaborer des dispositions efficaces en vue de protéger le
jeu contre les matches «arrangés» et toute autre forme de
corruption.
-
Examiner la faisabilité, pour l’UEFA, les institutions de
l’UE et les Etats membres, de lancer à l’échelle de
l’Europe un «mouvement direct de supporters» (dont un exemple
florissant existe en Angleterre), afin d’améliorer la
possibilité pour les supporters de participer à la bonne marche
de leur club professionnel.
3) Le niveau des dépenses consacrées aux joueurs, compte tenu
de l’(in)stabilité financière et de la concentration de la
richesse parmi les clubs tant au plan international que national, en
recommandant des changements, le cas échéant.
Objectif:
-
Etudier les moyens d’appuyer les efforts actuels des instances du
football en vue d’encourager et de soutenir des normes
élevées en matière de gestion financière,
d’exploitation prudente dans les limites des budgets et de gouvernement
d’entreprise au sein des clubs et contribuer à atteindre un niveau
approprié d’équilibre concurrentiel.
-
Etudier les moyens de soutenir et d’encourager la formation et
l’entraînement des jeunes joueurs au niveau local.
-
Mettre à jour l’étude de l’UEFA sur les plafonds
salariaux, entreprise à la fin des années 1990, afin de prendre
en compte les récents changements de l’environnement, et
réexaminer la faisabilité d’une mise en place de plafonds
salariaux.
4) Les dispositions prises par les instances du football pour superviser
(i) l’activité des agents et des intermédiaires en
matière de transferts de joueurs ainsi que de contrats; et (ii) le
système d’inscription et de circulation des joueurs en
recommandant des changements le cas échéant.
Objectif:
-
Explorer les moyens de prendre des dispositions efficaces et transparentes en
vue de superviser les activités des agents en ce qui concerne leurs
relations avec les clubs et les joueurs et promouvoir une plus grande
cohérence entre les différents systèmes nationaux.
-
Elaborer des recommandations afin de garantir le bon fonctionnement du
système d’inscription et de circulation des joueurs aux niveaux
national et européen, tout en reconnaissant des principes fondamentaux
tels que la stabilité et le respect des contrats, l’indemnisation
de la formation, l’intégrité sportive des
compétitions, la protection des mineurs et la solidarité.
-
Proposer des mesures afin de protéger efficacement les mineurs et donc
lutter contre le «trafic de jeunes joueurs».
5) La distribution des revenus générés au sein du
football européen, compte tenu de l’(in)stabilité
financière et de la concentration de la richesse parmi les clubs, en
recommandant des changements, le cas échéant.
Objectif:
-
Tout en reconnaissant la validité des efforts du football
européen en vue d’accroître les revenus grâce à
une gestion efficace de ses activités, encourager la commercialisation
centralisée (vente collective/mutualisation) et les versements de
solidarité d’une partie des revenus générés
par de telles activités aux plans européen et national, et
atteindre de la sorte un niveau de solidarité approprié entre
tous les échelons et domaines du football.
-
Trouver des moyens pour que les institutions de l’UE, les Etats membres
et les instances du football considèrent la commercialisation
centralisée (vente collective/mutualisation) et les versements de
solidarité qui en résultent, et collaborent dans le but de
trouver des moyens garantissant que cette solidarité soit
favorisée.
6) Le rôle des institutions de l’UE, des Etats membres et des
autorités du football en ce qui concerne les conditions de financement
afin de permettre à tous de participer au football, compte tenu du
niveau de soutien apporté par le football d’élite au
football amateur, en recommandant des changements, le cas
échéant.
Objectif:
-
De la part des instances du football, assumer un rôle efficace en
favorisant l'intégration sociale et le développement durable des
juniors ainsi qu'en assurant un niveau approprié de financement en vue
de soutenir la solidarité entre le football d’élite et le
football amateur et, par ce biais, encourager la participation de tous, et
recommander des mesures pouvant être menées à bien au
niveau de l’UE et des Etats membres afin d’aider les instances du
football à assurer la solidarité financière au sein de ce
sport.
-
Etudier le rôle central des associations nationales et du football
d’équipe nationale comme source principale du financement du
football de base et amateur à travers leur pays, et identifier les
exemples existants de meilleure pratique, comme par exemple les miniterrains
financés par l’UEFA, qui tentent de créer de nouveaux
espaces permettant aux plus jeunes de jouer au football.
7) Le rôle des institutions européennes, des Etats membres et
des instances du football en termes de soutien et d’encouragement au
financement des stades de football, en mettant l’accent sur la
sécurité.
Objectif:
-
Garantir que les matches de football professionnel soient disputés dans
des stades de qualité suffisante (par rapport à un standard
reconnu) afin de contribuer à assurer la sécurité et le
plaisir des spectateurs, et étudier les moyens grâce auxquels
l’UE et les Etats membres, en association avec les instances du football,
peuvent adopter un cadre juridique harmonisé, fort et efficace, afin de
faire face aux menaces relatives à la sécurité dues
à des incidents tels que le hooliganisme et à des
activités telles que la revente non autorisée de billets.
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